Chapitre II

La poitrine entourée de bandelettes, le bras gauche maintenu dans une gouttière, John Crance était étendu sur le lit. À sa mine reposée et détendue, on se rendait compte qu’il était déjà complètement tiré d’affaire et que son rétablissement ne serait qu’une question de jours. Quand Morane pénétra dans la chambre, Crance releva doucement la tête et sourit.

— Content de vous voir, monsieur Morane, fit-il.

Du menton, il désigna une chaise en disant :

— Voulez-vous vous asseoir ?

Quand Bob eut obéi, Crance le dévisagea longuement, comme s’il cherchait à retrouver une image précise de ses traits. Ensuite, il dit encore :

— Sans doute vous demandez-vous pourquoi je vous ai fait venir de si bonne heure, après vous avoir gâché, sans le vouloir bien sûr, une partie de votre nuit ?

Morane secoua les épaules.

— Comment voulez-vous que je sache ? L’infirmière qui m’a appelé de votre part m’a affirmé que vous vouliez me parler. Le plus simple, je crois, serait que vous m’appreniez le motif de cet appel.

Crance sourit.

— Pour commencer, il me faut vous remercier de l’aide que vous m’avez apportée la nuit dernière. Sans vous, je vous l’ai dit déjà, j’aurais été certainement rayé du nombre des vivants. Je vous dois la vie et vous avez droit à toute ma reconnaissance. Pourtant, à cause de cette blessure qui m’immobilise, il me faut encore vous demander du secours.

Il y eut un long silence, puis Bob Morane se mit à rire.

— Du secours ? fit-il. À ce que je sache, personne ne vous menace plus dans cet hôpital.

John Crance secoua la tête.

— Ce n’est pas cela. Il n’est pas question pour vous de me défendre contre quelqu’un, mais d’attaquer quelqu’un à ma place.

À nouveau, le silence s’établit. Morane demeurait dans l’expectative, se demandant où John Crance voulait exactement en venir.

— Avez-vous déjà entendu parler de l’Empereur de Macao, commandant Morane ? interrogea à brûle-pourpoint le blessé.

Bob eut un signe négatif.

— Jusqu’à hier, je n’en avais pas entendu parler. C’est vous-même qui avez prononcé ce nom lorsque vous avez interrogé un de vos agresseurs. À ma connaissance, d’ailleurs, il n’y a pas d’Empereur à Macao.

Un ricanement échappa à Crance.

— Pas d’Empereur à Macao ? Bien sûr qu’il n’y en a pas, du moins officiellement. Pourtant cet Empereur existe, puisque c’est ainsi qu’on appelle un personnage mystérieux dont personne ne connaît l’identité réelle, dont personne n’a encore pu contempler le visage et auquel on donne vulgairement le nom de Monsieur Wan. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il possède son quartier général dans la colonie portugaise située de l’autre côté de l’estuaire. C’est de là qu’il dirige une vaste organisation de banditisme étendant son pouvoir sur toute l’Asie orientale, la Malaisie et les mers de Chine. Cette organisation s’adonne à la fois au trafic de l’or et des devises, à la contrebande d’armes et de drogues, et même au trafic des esclaves. Elle possède ses propres avions, et aussi toute une flotte de cargos et de jonques qui, soigneusement camouflées, se livrent à la piraterie. À la tête de cette organisation, il y a ce personnage énigmatique et sans visage que l’on nomme Empereur de Macao, alias Monsieur Wan.

John Crance fit une pause et considéra longuement Morane. Puis, comme celui-ci demeurait silencieux, il continua :

— Voilà quelques mois, devant l’impuissance des autorités locales à mettre fin aux agissements de cette bande, Scotland Yard décida de lancer sur la piste de Monsieur Wan quelques agents spéciaux, parfaitement aguerris et intègres. Sans l’aide des autorités, afin de ne pas courir le risque d’être découverts, ils agiraient discrètement et tenteraient de remonter jusqu’au mystérieux forban qui dirige cette organisation criminelle. Comme inspecteur du Yard, je fus choisi, avec un autre agent, Sprague Miller, pour remplir cette mission. Nous devions agir séparément et, de temps à autre, prendre contact en des lieux et par des moyens convenus à l’avance. Miller et moi avions passé de nombreuses années en Extrême-Orient et connaissions parfaitement les principaux dialectes qui y sont parlés, et aussi les mœurs de leurs habitants. Nous quittâmes donc Londres et gagnâmes Hong-Kong. Aussitôt, séparément comme il était convenu, nous nous mîmes en campagne. Nos premières enquêtes, menées en partie à Hong-Kong, en partie à Macao, furent assez décevantes. Nous acquîmes cependant bientôt la certitude de devoir mener nos recherches à partir d’une maison de jeu de Macao, nommée le Tigre Enchanté. Et aussi à partir d’un magasin d’antiquités Au Trésor des Sages également situé à Macao et dirigé par un Eurasien du nom de Jonathan Ma-Boon-Ma. Il y a une semaine, comme je me trouvais moi-même à Macao, Sprague Miller manqua à l’un de nos rendez-vous. Avant-hier, je reçus un mot de lui dans lequel il me disait se trouver à Hong-Kong où il avait découvert une nouvelle piste. Il me donnait rendez-vous au numéro 325 de la rue du Dragon Jaune. Le message était écrit de la main de Miller, dont je reconnaissais bien l’écriture. Ce fut donc sans méfiance que je regagnai Hong-Kong et me rendis la nuit dernière à l’adresse indiquée, rue du Dragon Jaune. Pourtant, au numéro 325, je ne découvris qu’une maison déserte que je fouillai sans trouver la moindre trace de Miller. Ne sachant que penser, j’allais regagner mon logis lorsque je fus assailli par ces trois malandrins des mains desquels vous m’avez tiré. Sans doute étaient-ils envoyés par Monsieur Wan. Dans ce cas, il faut supposer que Miller est tombé entre les mains de la bande et qu’on l’a obligé à écrire ce message pour m’attirer dans un piège.

— Peut-être, fit remarquer Morane, vos agresseurs n’avaient-ils rien à voir avec votre Empereur de Macao. Ils pouvaient n’en vouloir qu’à votre argent.

Doucement, l’inspecteur Crance hocha la tête.

— C’est possible, fit-il, mais je ne le pense pas. Ce serait là une trop grande coïncidence. Ce faux rendez-vous, et puis ces hommes qui m’assaillent…

Il hocha à nouveau la tête.

— Non, non, dit-il encore, ce n’est pas possible. L’Empereur de Macao aura eu vent de notre enquête. Après avoir attiré Miller dans un guet-apens et l’avoir sans doute fait exécuter, il a tenté de m’assassiner à mon tour.

Une expression de contrariété, presque de désespoir, se marqua sur les traits du policier.

— Et je suis cloué ici, sur ce lit, pour de nombreux jours, à cause de cette maudite blessure.

Il parut soudain se rasséréner un peu.

— Heureusement, monsieur Morane, vous êtes là pour me donner un coup de main et, peut-être, agir à ma place.

Bob sursauta violemment.

— Agir à votre place ? fit-il. Que voulez-vous dire ?

Crance parut soudain embarrassé.

— Je veux dire tout simplement que vous êtes le seul homme capable de continuer ma mission, déclara-t-il d’une voix légèrement hésitante, et de la mener à bien.

Morane sourit.

— Vous oubliez une chose, inspecteur, c’est que je ne suis pas policier, moi ! La seule solution qui s’offre à vous, c’est de faire venir de Londres de nouveaux agents qui prendront votre place, à Miller et à vous.

Mais Crance secoua la tête avec désespoir.

— Non. Cela demanderait plusieurs jours et, pendant ce temps, l’Empereur de Macao aurait tout le loisir de prendre ses précautions, de resserrer encore le mystère qui l’entoure… et de perpétrer de nouveaux crimes. Voilà pourquoi, commandant Morane, il faut absolument que vous m’aidiez. Vous seul en êtes capable, je le répète.

— Comment le savez-vous ? interrogea Bob, avec un sourire un peu embarrassé. N’oubliez pas qu’hier encore j’étais un inconnu pour vous.

Ce fut au tour du blessé de sourire, mais narquoisement.

— Un inconnu ? C’est ce que vous pensez… À vrai dire, je vous connaissais depuis pas mal de temps. Non seulement parce que vous vous êtes rendu célèbre par vos exploits et parce que, à de nombreuses reprises, j’ai vu votre photo dans les journaux, mais surtout parce que nous possédons un ami commun en la personne de Sir George Lester[1]. Celui-ci m’a à plusieurs reprises parlé de vous. Voilà pourquoi, cette nuit, quand je vous ai reconnu et que vous vous êtes présenté, j’ai su que vous étiez l’homme qu’il me fallait.

— Si je vous comprends bien, dit Morane, vous voulez que je me jette seul à la tête de votre Monsieur Wan pour vous le ramener ensuite pieds et poings liés… Est-ce bien cela ?

— Pas tout à fait. Ce que je voudrais seulement, c’est que vous retrouviez la trace de Miller. Si celui-ci est encore en vie, il nous dira ce qu’il a appris sur nos ennemis.

Morane ne répondit pas tout de suite. Il aurait aimé accepter la proposition du policier, mais la prudence lui conseillait cependant de s’abstenir. Il savait qu’on ne gagne jamais rien à se lancer dans des aventures qui dépassent vos forces. Trop souvent, il en avait lui-même fait l’expérience. Seul son courage, et aussi une sérieuse dose de chance, lui avait permis chaque fois d’échapper à un destin redoutable.

— Je regrette, inspecteur, dit-il finalement, mais il m’est impossible d’accepter. Et puis, d’après ce que vous venez de me dire de cet Empereur de Macao, Sprague Miller doit être mort à l’heure actuelle. Comme tout le monde, votre ennemi doit savoir que, seuls, les morts ne parlent pas. Alors, pourquoi tenterais-je de retrouver Miller ? Pourquoi risquerais-je ma vie pour un inconnu ? Pour un cadavre inconnu qui ne pourrait rien nous apprendre ?

Pendant un moment, Crance demeura pensif, puis hocha doucement la tête.

— Je sais, je sais, dit-il. Il y a quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent pour que Miller soit mort. Cependant, il nous faut considérer la possibilité qu’il soit encore vivant. Pour cette seule raison, vous devez tenter de le retrouver.

— Quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent pour qu’il soit mort, avez-vous dit ! jeta Morane. Une seule chance donc pour qu’il soit vivant. Et, pour cette seule chance, je devrais me lancer à la tête d’adversaires qui bientôt me changeraient, moi aussi, en cadavre… C’est là un travail de policier et non d’un simple particulier. Faites venir des inspecteurs de Londres. Ils ont l’habitude de ce genre d’affaire et c’est leur métier de déclarer la guerre aux criminels. En ce qui me concerne, j’ai appris depuis longtemps, par expérience, qu’on ne gagne jamais rien à mettre le doigt dans l’engrenage d’une machine trop puissante. On risque d’y passer tout entier.

Le visage du blessé se durcit soudain. Sa bouche ne fut plus qu’une mince fente, sans lèvres.

— Je suppose que c’est là votre dernier mot, commandant Morane ? fit-il d’une voix un peu sèche.

Bob eut un signe affirmatif. Il comprenait la déception de son interlocuteur, mais il n’y pouvait rien.

— C’est en effet mon dernier mot, fit-il en écho.

John Crance parut tout à coup se détendre. Avec son bras gauche levé de force par la gouttière, il semblait faire un geste d’apaisement.

— Je vous comprends très bien, commandant Morane, dit-il sur un ton radouci. D’autres que vous reculeraient avant de se jeter dans les griffes de ce maudit Monsieur Wan. Moi-même, je dois l’avouer, si ma position de policier ne me forçait à l’obéissance, j’aurais refusé cette mission.

Morane s’était levé. Il tendit la main à l’Anglais, qui la serra.

— Sans rancune, n’est-ce pas, inspecteur ? dit Bob. Si jamais vous avez besoin de moi, sauf bien sûr pour me demander de vous apporter l’Empereur de Macao sur un plateau, faites-moi signe. Je serais ravi de vous rendre service.

Morane quitta la chambre. Alors qu’il marchait le long du couloir, en direction de la sortie de l’hôpital, il fut tenté de revenir sur ses pas pour dire à Crance qu’il acceptait de l’aider à confondre son ennemi, qui était aussi l’ennemi de l’humanité toute entière. Pourtant, une fois encore, la prudence l’emporta sur la témérité.

Bob secoua les épaules, comme pour se libérer d’une préoccupation, et il marcha plus vite. Puisqu’il était venu à Hong-Kong pour visiter la ville en spectateur, ce serait comme tel que, dès le jour même, il reprendrait son errance à travers la grande cité asiatique.

 

* * *

 

L’après-midi était déjà fort avancé, ce jour-là, quand Bob Morane regagna son hôtel.

Devant lui, la mer de Chine étendait son gigantesque miroir de jade sombre et comme soigneusement poli. Seules, des jonques de pêche rentrant au port s’y découpaient en ombres chinoises. Quand elles viraient, leurs voiles, carrées et nervurées, en ailes de chauve-souris, prenaient des teintes rougeâtres ou verdâtres sous les rayons du soleil prêt à disparaître derrière l’horizon.

Durant toute la journée, depuis sa visite à l’hôpital, Morane avait traîné son incurable curiosité à travers Hong-Kong. Ce n’était certes pas la première fois qu’il visitait une grande ville chinoise. Pourtant, il ne pouvait cesser de se repaître du spectacle des rues étroites, aux façades capricieuses, le long desquelles pendaient des enseignes en forme de banderoles, couvertes de lettres ressemblant chacune à quelque monstre venu d’une lointaine planète.

Il ne pouvait non plus jamais se lasser du spectacle de cette foule bigarrée, à la fois languissante et affairée, de toute cette misère côtoyant souvent la richesse. Et ces pauvres êtres sous-alimentés, vêtus de haillons et coiffés de vastes chapeaux de paille de riz. Ces commerçants cossus et habillés à l’européenne. Ces pauvres femmes traînant sur leurs épaules lasses des enfants endormis et des siècles de souffrances. Ces dames de la bonne société chinoise aux longues robes de soies précieuses, largement fendues, et aux mains couvertes de bijoux. Ce spectacle emplissait souvent Morane de pitié mais aussi d’une sorte d’exaltation, car c’était l’image de la vie elle-même, avec tout ce qu’elle avait à la fois de merveilleux et d’horrifiant.

Après avoir franchi la porte de l’hôtel, Bob marcha directement vers le fond du hall, où se trouvait l’ascenseur. Pourtant une voix, venant du bureau de réception, le héla.

— Monsieur Morane ! Monsieur Morane !

Bob fit volte-face et se dirigea vers le bureau, derrière lequel se tenait un employé chinois, aux vêtements sombres et stricts et dont le sourire semblait figé dans la pierre.

— Vous m’avez appelé ? interrogea Morane.

— Oui, sir. On a téléphoné pour vous de l’Hôpital Britannique. Votre honorable correspondant a demandé que vous rappeliez.

Un instant, Morane demeura soucieux.

L’Hôpital Britannique… John Crance irait-il soudain plus mal ? Tout à l’heure, il avait paru cependant définitivement tiré d’affaire. Et, soudain, Bob se décida.

— Passez-moi la communication dans la cabine, fit-il à l’adresse du réceptionnaire.

Sans attendre de réponse, il se dirigea vers la cabine située à l’autre extrémité du hall et y pénétra. Quelques instants plus tard, il obtenait la communication demandée.

— Allô ? interrogea quelqu’un à l’autre bout du fil. Ici l’Hôpital Britannique.

Morane crut reconnaître la même voix féminine que celle du matin.

— Je suis le commandant Morane, dit-il. On m’a appelé de l’Hôpital cet après-midi. J’étais absent et on a demandé que je resonne dès mon retour.

— C’est exact, commandant Morane. Vous êtes le seul ami que nous connaissions à l’inspecteur Crance et…

— Lui serait-il arrivé malheur ? interrogea Bob.

— Arrivé malheur ?… Pas précisément. Cet après-midi, on a essayé à nouveau de l’assassiner. Un homme a réussi à se glisser jusqu’à sa chambre. Mais au moment où il allait y pénétrer, un infirmier l’en a empêché. L’agresseur a tenté alors de faire usage de son revolver. Plusieurs coups de feu ont été tirés, sans blesser personne heureusement. Nous avons aussitôt averti la police, qui est descendue sur les lieux et s’est chargée de l’agresseur. Nous avons cru qu’il était utile de vous prévenir. Peut-être aimeriez-vous voir votre ami après cet attentat.

Ce fut avec un certain étonnement que Morane s’entendit répondre :

— Vous avez bien fait de m’appeler. J’arrive tout de suite.

Tandis qu’il traversait à nouveau le hall pour gagner la porte de l’hôtel, il se demanda pourquoi il retournait auprès de l’inspecteur Crance. Ce dernier lui était peut-être sympathique. Hier pourtant, ce n’était encore qu’un inconnu. Sans doute, après tout, Bob n’agissait-il que par fraternité humaine.

Une demi-heure plus tard, lorsque Morane pénétra dans le hall d’attente de l’Hôpital Britannique, il aperçut tout de suite des policiers en armes qui y stationnaient. Un peu plus tard, lorsqu’il arriva à la porte de la chambre de l’inspecteur Crance, un autre policier, la carabine au pied, lui barra le passage.

— On n’entre pas, sir…

— Le commandant Morane est un ami de M. Crance, dit l’infirmière qui accompagnait le visiteur. Il peut entrer…

Quand la sentinelle se fut écartée, elle poussa le battant et s’effaça pour laisser pénétrer Morane dans la chambre.

En apercevant son sauveur de la nuit précédente, l’inspecteur Crance eut un nouveau sursaut de surprise.

— Vous, commandant Morane ? Si je m’attendais à vous revoir…

— La direction de l’hôpital m’a prévenu de l’attentat dont vous avez failli être à nouveau victime cet après-midi, expliqua Bob. Alors, j’ai cru qu’il était de bon ton de venir vous rendre visite.

— Et vous avez bien fait, lança Crance d’une voix joyeuse. Avec ces policiers qui m’ont pressé de questions durant plusieurs heures, sans que je puisse, dans la crainte des indiscrétions, leur parler du but réel de ma mission à Hong-Kong, cela me fait plaisir de voir enfin un visage ami…

— Bien sûr, vous ne leur avez rien dit au sujet de l’Empereur de Macao. Car je suppose que c’est bien un de ses spadassins qui a voulu une fois encore vous occire.

— Cela ne fait pas de doute, en effet. L’Empereur de Macao a de la suite dans les idées. Pour ce qui est des policiers, tout ce qu’ils savent, c’est que je suis un agent spécial de Scotland Yard, en mission à Hong-Kong. Quant à l’homme qui a voulu m’assassiner, il ne parlera pas. Monsieur Wan a le don de savoir lier les langues.

— Si je comprends bien, dit encore Morane, vous en êtes au même point. À part la seconde tentative d’assassinat, bien entendu.

Le plus total désespoir semblait s’être emparé du policier. De son poing droit fermé, il frappa à plusieurs reprises sur le lit.

— Au même point, commandant Morane, vous l’avez dit ! J’en suis au même point… L’Empereur de Macao continue à agir dans l’ombre, à perpétrer ses crimes. Et moi je suis là, immobilisé pour des jours dans ce lit, comme une vieille bête inutile, en attendant que les renforts arrivent d’Angleterre. Ah ! Si seulement je pouvais trouver le moyen de contacter Sprague Miller… s’il vit encore bien entendu. De toute façon, quand les renforts arriveront de Londres, il sera trop tard. Il n’y aura plus aucun espoir de retrouver Miller vivant.

À sa grande surprise, Bob s’entendit dire :

— C’est très bien, inspecteur, vous avez gagné. Je partirai à la recherche de Sprague Miller. Ce Monsieur Wan me semble prêt à tous les crimes, et je veux contribuer à le confondre.

Un léger sursaut secoua les épaules du blessé et la joie se marqua sur sa face.

— Réellement, vous avez décidé de rechercher Miller ? interrogea-t-il.

— En certains moments, où le bonheur d’autres hommes et leur sécurité se trouvent en jeu, la prudence peut parfois prendre le visage de la lâcheté. Voilà pourquoi je ne tirerai pas mon épingle du jeu, comme je l’avais décidé tout d’abord.

Sur le visage du blessé, le sourire demeurait.

— Pour tout vous avouer, commandant Morane, j’ai toujours cru que vous accepteriez de me seconder. Croyez-moi, je vous connais mieux que vous ne le pensez. Après votre refus de ce matin, j’ai décidé de vous donner une seconde chance d’accepter. Quand le spadassin est venu cet après-midi pour m’abattre et qu’il eut été mis hors d’état de nuire, j’ai sauté aussitôt sur l’occasion. Tout à l’heure, en vous voyant entrer dans cette chambre, j’ai feint la surprise… Je dis bien « j’ai feint ». En réalité, c’est moi qui ai donné l’ordre à la direction de l’hôpital de vous appeler…

Morane se mit à rire d’un petit rire forcé, un peu amer.

— Ainsi, fit-il, vous m’avez pris au piège, inspecteur. Je suis votre dupe.

Il haussa les épaules et continua :

— Tant pis… Puisque j’ai été crédule à ce point, à moi d’en supporter les conséquences et puisque, de toute façon, cela me permettra peut-être d’aider à confondre un redoutable criminel, tout est pour le mieux. Il vous reste à me donner tous les renseignements qui pourraient me permettre de retrouver Miller.

 

L'Empereur de Macao
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